Journée de la Déportation – 2016

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Discours de Jacques Wittenberg, président de l’AMEJD.12

« Ô, vous qui entrez, laissez toute espérance » Cet aphorisme cité sur le seuil de l’Enfer de Dante aurait eu naturellement sa place au fronton des camps de concentration nazis.

Connaissez-vous Wannsee ? C’est une agréable petite commune au sud-ouest de Berlin. Son grand lac est un lieu de repos, de promenade et de baignade très prisé des berlinois.
C’est dans ce cadre idyllique que le 20 janvier 1942, une quinzaine de hauts responsables de l’administration allemande et d’officiers SS sont invités à se réunir. Le carton d’invitation mentionnait « discussion et petit déjeuner » Reinhardt Heydrich, chef des services de sécurité du Reich qui présidait la réunion, présenta ce que l’administration nazie avait appelé « la solution finale de la question juive » Les délibérations furent courtes et le projet adopté sans réserve.
A ce stade, s’impose un bref rappel de ce qu’est le nazisme. Il s’agit d’une idéologie fondée sur les théories exposées par Hitler dans « mein Kampf » et qui préconise :
la supériorité de la « race aryenne » dont le peuple allemand serait le plus pur représentant appelé à dominer les « races inférieures »
la haine du Juif, ennemi de race et responsable de tous les maux de l’Allemagne.
la théorie de l’espace vital selon laquelle le peuple allemand doit conquérir des territoires vers l’Est pour assurer sa survie.
Sous le régime nazi, la valeur sociale de l’individu relève d’une appréciation d’Etat qui décide si une vie est digne ou non d’être vécue.
Antidémocratique par essence, instaurant une véritable mystique du chef, l’idéologie nazie fait de tous ses opposants réels ou supposés, des ennemis du peuple allemand qu’il faut châtier ou éliminer. Les camps de concentration et d’extermination sont la forme la plus aboutie de ces théories.
Comme dans la plupart des pays d’Europe sous domination allemande, la France voit le déclenchement de la « solution finale » sur son territoire. L’heure des abjections est arrivée et les nazis importent un savoir-faire qu’ils expérimentent depuis 1933. Les camps, d’abord d’internement, puis de travail et de concentration, deviennent camps d’extermination, à l’image de Auschwitz I, concentration, Auschwitz III Monowitz, travail et Auschwitz II Birkenau, extermination.
D’abord raflés, puis rassemblés, parqués comme des bêtes dans des conditions innommables au Vel d’Hiv, à Drancy, à Beaune la Rolande, à Pithiviers, 11.174 enfants de tous âges sont séparés de leurs parents. Ce sont parfois des bébés serrés dans les bras de leur mère et dont le plus jeune dans le 12ème arrondissement, le nôtre, avait à peine 6 jours. Ces enfants et leurs parents vivaient sur le sol de France, patrie des Lumières et des Droits de l’homme. Souvenez-vous, Chelmno, Auschwitz Birkenau, Belzec, Sobibor, Treblinka, Maïdanek, ils y furent gazés, assassinés, torturés, brûlés, exterminés au nom d’une idéologie que la haine seule ne peut expliquer.
Je n’ose pas imaginer ce que l’on a fait à ces enfants, mais je le sais. Je n’ose pas me représenter les images de ces petits que l’on torture, mais je le sais. Ils n’ont eu ni tombe ni sépulture et la vie leur a été déniée, refusée, enlevée.
Comment l’impensable, le mal absolu ont pu à ce point exister au-delà de la possibilité de l’anéantissement de l’humain dans l’homme. Comment, après cette monstruosité, comprendre que la bête ne soit pas encore morte, qu’elle soit encore féconde et enfante le fruit de la haine et de l’intolérance, comme si les tortures, les monstruosités, les camps, toute cette honte de l’humanité n’avait pas suffi, n’avait servi à rien.
Regardez autour de vous, voyez et sentez ces relents nauséabonds, qui, chaque jour, chaque heure, chaque minute nous envahissent ? Comment cet esprit de haine, attisé par le feu de l’exclusion, par les intégrismes de tous bords, peut-il à nouveau exister. Alors soyons vigilants, quand ici et ailleurs, certains groupuscules, certains enseignements, certains partis politiques crachent leur haine de l’autre et se révèlent porteurs d’une idéologie raciste, xénophobe, antisémite. Ne laissons rien passer, stigmatisons les moindres dérives, car en la matière, rien n’est insignifiant, rien n’est banal et toutes les provocations larvées, insidieuses, puisent toutes aux mêmes sources nauséabondes.
N’oublions pas le passé, car c’est en l’oubliant que l’on se condamne à faire les mêmes erreurs. Chaque génération a le devoir de refaire le chemin de l’humanité.
Faisons en sorte que notre France, votre France, soit vigilante face à l’abominable, et reste cette France courageuse, fraternelle, généreuse, unie dans la République, car c’est cette France, et nulle autre que nous aimons.
Et vous les enfants, que vous soyez Chrétiens, Juifs ou Musulmans, croyants ou non croyants, vous êtes les enfants de la République, vous êtes nos enfants, vous êtes l’avenir. Alors il ne tient qu’à vous que cet avenir soit radieux.
N’oublions pas, n’oublions rien, n’oublions jamais.
Le pire est toujours probable, mais comme on ne peut exclure le meilleur, il est permis d’espérer

J.W.

— Paris, 23 avril 2016

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2016-04-23 – J.W. – Journée de la déportation

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